• Association UN AUTRE REGARD

LES MAINS DE L HUMANITÉ...

 

Jamais ils ne sauront ce que j’ai vécu dans mon corps, ma tête, mes pensées. Même la personne la plus proche de moi, celle qui ne connait par cœur, celle qui peut m’anticiper, elle-même ne pourra jamais savoir savoir ni comprendre.

Parce que… moi non plus, je ne me suis pas comprise.

 

Hospitalisée, même dans la douleur, je me suis vue gentille, charmante et prévenante, et d’un coup (ou peut-être n’était-ce pas d’un coup… ) devenir méchante, exigeante et directive.

 

Je me suis vue défier les ordres médicaux en retirant à plusieurs reprises cet insupportable tuyau qu’on voulait m’enfoncer dans le nez et la gorge, pour me soulager ; je me suis entendue me faire engueulée comme une enfant pour avoir fait cela et me faire menacer de m’attacher pour y arriver, je me suis vue crier sur cette affreuse médecin avec toute ma haine face à cette terrible donnée : elle n’était pas à ma place !! Elle se laissait diriger par le protocole de ses cas là, sa référence. Mais moi je ne suis pas un protocole, je ne suis pas un décret validé par des chercheurs après de nombreuses études, je suis moi, un être humain, et à moi, ce protocole m’est insupportable, et c’est pas faute d’avoir essayé !

Là j’étais en train de le vivre leur protocole, et j’m'en fous j’veux pas je vis je ressens je brûle je m’étouffe je m’étrangle!!!! Et alors que j'étais en train d'hurler, tel un lion rugissant sur sa proie, pour la menacer qu’elle n’avait pas le droit de m’attacher... quelques secondes plus tard… au milieu de cet orage indescriptible..., là soudain... comme par magie, je sens mes mains envahit par de la chaleur d’autres mains… Une aide-soignante avait pris mes mains dans les siennes et sans rien dire, caressait mon bras, une inconnue dont je discerne à peine le visage sans mes lunettes, mais qui était reconnaissable pourtant entre toutes. Celle qui apporte la chaleur, le temps, l’humain, la douceur…

Cela n’a pas suffi pour que je puisse tolérer cet insupportable tuyau, qui n’était en fait qu’une partie du problème, mais ses mains consolantes m’ont permis de ressentir l’humanité, et sans que je le sache alors, je l'ai gardé comme imprégné en moi, jusqu’au bloc opératoire.

 

Les mains de l’aide-soignante… ou celles qui auraient pu celles de mon mari… ou celles de Dieu, je ne sais pas… peut-être même les miennes… Les mains de l’humanité...

 

Pendant ce temps-là, ils, les autres, tous les autres, continuent leur vie… Même mes plus proches qui sont dans l’inquiétude, continuent leur vie, finissent leur travail, font le repas de enfants, organisent le lendemain, attendent derrière le téléphone… Et quoique j’endure, quoique ce soit que j’endure ce soir là, après des jours et semaines de souffrance, ils ne pourront jamais savoir à quel point… à quel point je n’avais aucune pensée, aucun état d’âme, aucune peur, aucun espoir, aucune attente de rien, juste besoin de finir avec la douleur. Besoin. Besoin vital. Aucune notion de rien n’existe plus, aucun humain, aucun projet, aucun « vous êtes courageuse madame », c’est fini, je n’entends plus rien, je ne suis plus là, plus rien n’existe.
 

Est-ce que j’existais encore à ce moment-là…?
 

Qu’est-ce qui existe alors à ce moment-là ?

Rien.
Le Néant.
Le Vide.

 

Ou peut-être… ce sentiment d’humanité…

 

Et les mains humaines... dont je n'ai alors plus conscience, et qui sauvent ma vie...

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