HARCÈLEMENT

Je ne dirais pas mon nom. Je préfère rester en anonyme. Oui, car mon nom on l'a sali.

J'étais une enfant joyeuse, intelligente, j'aimais beaucoup de choses. Puis à partir de la sixième, ma vie a basculé. J'ai eu de la chance d'avoir à mes côtés des gens intéressants dans ma famille, j'ai rencontré des personnes au cours de ma vie qui m'ont valorisé et qui m'ont fait comprendre que je valais quelque chose. Oui, car la violence que j'ai subie jeune de la part de beaucoup de personnes ont rendu ma confiance en moi en néant pendant plusieurs années.

En fait, à onze ans j'ai commencé à tomber malade sans savoir pourquoi. J'avais des changements d'humeur importants et je commençais à souffrir d'agoraphobie. Je n'étais plus l'enfant au fort caractère d'autrefois, qui ne se laissait pas faire, qui était garçon manqué. J'aimais les beaux vêtements à onze ans, les belles personnes, les jolies choses. Puis on m'a pris le beau que j'avais en moi. L'ostracisme, le racisme que j'ai subi, la dévalorisation, je l'ai reçu en pleine figure, très jeune.

Je suis tombée gravement malade à partir de l'âge de quinze ans. J'ai voulu entreprendre ma vie seule de mon côté car je n'avais pas les mêmes délires que les autres. Je le savais au fond de moi, j'étais bizarre, un peu disjonctée et la plupart des élèves que je rencontrais à l'école vivait dans leur monde étriqué. J'avais besoin de vivre, j'avais besoin de folie, j'avais besoin d'audace mais sans faire du mal aux autres comme le faisait la plupart des harceleurs que j'avais rencontrés.

J'ai subi de l'ostracisme car les gens ne me considéraient pas car je n'avais pas spécialement d'amis et que je ne rentrais pas dans leurs critères pour être reconnue. J'ai subi du racisme car j'étais française. J'ai subi des injures de la part de gens qui n'étaient pas mieux que moi, voir au dessous de moi dans différents domaines. Le problème avec les harceleurs, c'est qu'ils se croient forts et mieux que les autres mais c'est souvent l'inverse. Ils sont souvent beaucoup moins bien que les personnes qu'ils n'aiment pas et qu'ils persécutent.

Le harcèlement m'a suivi jusqu'à l'université, et dans une autre ville en plus. On veut m'empêcher de réussir, on m'a menacé de viol, on m'a anéanti mes passions et j'ai dû faire un travail sur moi-même pour les retrouver. Des personnes que j'ai connus ont payé durement pour le harcèlement que j'ai subi, car des gens ont voulu rétablir la justice.

Actuellement je vais mieux grâce au travail que je fais avec une psychothérapie, du positif est venu dans ma vie. Je recommence à prendre soin de moi, je retrouve contact avec les principales passions de mon enfance, j'ai davantage envie d'aller vers les autres, j'essaye d'aller à l'encontre des gens. J'imagine même m'orienter vers un métier relationnel où je suis tout de même autonome. En fait, je souhaite me tourner vers un métier où je retrouve ce que l'on m'a pris pendant des années et des années.
Je vis à présent dans une ville ou j'étudie la Littérature, l'Histoire. Je fais des stages et même si ce n'est pas toujours facile pour moi, j'ai toujours espoir et je sais que je vais réussir.

Malgré toutes les horreurs qu'on m'a sorti en pleine figure, malgré la torture psychologique dans laquelle on m'a plongé, j'ai tenu bon et je suis fière de ce que je suis aujourd'hui. Je crois bien qu'aucun harceleur, aucune personne témoin (qui n'a rien dit, qui ne m'a pas défendue), qui aurait vécu la même chose que moi, aurait tenu. On m'a dit plusieurs fois que c'était héroïque. Mais comme dit mon père, sa famille a fait partie des résistants pendant la seconde guerre mondiale, alors peut être que j'ai en moi le courage. En tout cas il faut que je résiste dans ma vie.

J'ai compris que j'étais à la fois trop sensible et forte en même temps. Mais oui, je suis fière tout de même de ce que je suis.

  • Association UN AUTRE REGARD
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